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mercredi 1 septembre 2010

Asnières-Berlin, for ever !

Du Hang'art au Kino Arsenal et d'Asnières-sur-Seine à Berlin, il n'y a que quelques perfos dans de le pellicule, deux ou trois collures, et des images, des images, toujours plus d'images : celles tournées et développées par L'Abominable...




L'Abo est à Berlin.

Prolongez vos vacances, faites-vous un week-end, profitez-en : on est en pleine semaine :)
Allez vous faire des toiles avec les films de L'Abominable.

Le programme complet est là, dans notre agenda.
C'est aujourd'hui et demain, 2 jours et 4 programmes et ça (se) passe à l'Arsenal, à Berlin : allez-y !


lundi 30 août 2010

Le feuilleton de l'été juste avant la rentrée

30 août et un lundi, c'est une bonne date pour publier l'avant-dernier épisode du feuilleton de Béatrice.

Le feuilleton a 5 épisodes et non 4 comme annoncé en juillet... Tant mieux, le dernier épisode nous permettra de faire la jonction entre le rythme des vacances et celui de la rentrée.

A venir, des feuilles d'automne sur ce blog. Virtuelles, les feuilles, bien sûr...

Et aussi une feuille d'infos, ou newsletter en bon franglais, la lettre d'information du Hang'art.
A venir, bientôt.

Pour patienter, je vous laisse en excellente compagnie :




« HIER », A BERLIN. épisode 4


(rappel des épisodes précédents : en visite à Berlin pour quelques jours, la narratrice a commencé par se promener au hasard, puis a visité trois grands musées : le Musée Juif, l’Alte Museum et le Pergamon Museum)

Ce raccourci culturel m’a fait ressentir comme rarement la grandeur et la pesanteur de notre héritage, à nous artistes d’aujourd’hui. J’y repense en rejoignant le groupe qui va me faire entrer dans l’art dit « contemporain ». J’y vais, je dois dire, avec plus de curiosité que d’intérêt profond. J’accuse cet art dit « contemporain » de monopoliser le qualificatif de « contemporain ». Et le soupçonne de vouloir éliminer ce qu’il reste d’« hier ». Voire, de prétendre qu’il n’a rien existé avant lui. J’y vais donc sans traîner les pieds, mais avec perplexité. Pour voir. Peut-être même, juste pour avoir vu ?

Difficile pourtant de nier que l’exposition d’Olafur Eliasson au musée Martin Gropius me fait de l’effet. Elle commence par me promener devant un mur animé d’ombres chinoises gigantesques que ma présence modifie. Elle m’emmène ensuite dans une immense soupente, toute tendue de papier alu. Là, je me crois transportée au centre d’un miroir déformant, cent fois plus vaste que ceux devant lesquels je restais saisie, enfant, parce que, loin de malmener le réel, ces miroirs me semblaient révéler la réalité trouble de mon intérieur.
Pour revenir à l’expo Eliasson, elle a fini par m’entraîner à travers quelques pièces en enfilades - impossibles à décrire et même à compter parce qu’on y marchait, comme dans une tranche napolitaine, à travers des couches et des couches de brouillard diversement colorées. Ça m’a fait un moment penser au « sfumato » de Léonard de Vinci à très, très grande échelle. Et puis j’ai cessé de penser. Je n’étais plus qu’à mes perceptions. Notamment à mon appréhension devant un brouillard rouge feu, dans lequel je n’ai osé pénétrer qu’à pas lents, les mains tendues en avant...
Certains fanas d’art contemporain applaudirent sans arrière-pensée, « cet artiste est un malin ! » « ça fait du bien de voir ça, c’est direct et simple ». Pas moi. Cent questions germaient sous mon front. Qu’étaient ces sortes de sculptures immatérielles qui, en magnifiant mes expériences de terrains de jeux et de parcours de foire, avaient l’art de me fasciner et de m’embarquer jusqu’à paraître m’absorber...? Pourquoi tous ces jeux sur l’illusion et le faux-semblant ? Ces mises en scène hallucinatoires ? Ce Musée Grévin devenu Musée d’art ?

Après, j’ai continué à perdre un peu – beaucoup ? – la tête. Des installations dites artistiques, j’en ai vues tellement ! Où se trouvait donc celle-là ? De qui était-elle ? Oublié...
Penser que j’ai vu présenter en photo l’enregistrement sismographique de la battue d’un chef d’orchestre pour la 5ième symphonie de Gustav Malher... Coloriser des bouses d’éléphants dans les teintes fraise, pistache et vanille de pâtisseries anglaises, et les exposer sous des cloches à gâteaux... Peindre un drapeau américain aux couleurs de l’Afrique, et en découper un autre dans le carton ondulé sur lequel les SDF dorment dans nos rues... Collectionner des objets aussi hétéroclites que ceux qui s’accumulent dans les fonds de tiroir et la plupart de nos ateliers... Numéroter des galets... Présenter un recueil de poésie anglaise comme une suite quasi incohérente de lettres parce que sans ponctuation, ni même d’intervalle entre les mots, les phrases, et les paragraphes, et sans majuscule en tête des phrases et des noms propres... Projeter dans de l’obscurité là où il fallait, ce qu’il fallait de lumière pour donner l’impression d’une porte entr’ouverte... Faire apparaître, dans un cylindre oscillant rempli d’eau, une frêle colonne d’eau qui, en se dissociant du reste, se dressait en tournant sur elle-même avec des allures de mini cyclone, de cordon ombilical, de vis sans fin, ou de cobra translucide... Allonger devant une fenêtre un cadavre de cire, revêtu d’un pyjama de marque... Exposer un tableau de très haute et large taille, fait d’une seule immense feuille de ce papier d’argent qui recouvre les tablettes de chocolat, en affichant le coût de sa matière première, 2 euros 50 du mètre carré, je crois... Peindre une longue et mauvaise, mais très esthétique, imitation de Vasarely, censée évoquer l’avenir de la peinture sur le couvercle des boîtes de chocolat... Suspendre un gros pendule capable d’éviter la personne qui se met sur sa trajectoire (là, j’ai entendu crier « super ! » « dément ! » ) ... Aligner une série des photos de l’artiste qui se construisait des cabanes dans des chambres d’hôtel... Récupérer une cloche d’église, sans battant, et l’exposer comme une œuvre personnelle... Façonner – c’était Kitty Krauss - des cubes de verre mal jointoyés, dont les faces internes sont des miroirs, et les faces externes, opaques. Placer à l’intérieur de chacun de ces cubes une ampoule allumée. À moins que cette ampoule ne soit trop forte et que sa chaleur ne fasse exploser ces cubes introvertis, faire rayonner la lumière par les interstices laissés aux jointures de chacune des faces... Déployer et emmêler des rubans rouges, jaunes, bleus et verts sur plusieurs mètres de long avec une présentatrice à côté pour vous exposer l’intention de ce graphiste : dessiner des paysages avec ces rubans... au premier abord, cela semble absurde, ce fatras géant de couturière est si loin de faire penser à un paysage ! Et puis, le cerveau se met en branle, pourquoi en effet ne pas évoquer des paysages à l’aide de rubans ? Est-ce que toute représentation, même ressemblante, est autre chose qu’une représentation ? Le pinceau de Cézanne comme l’encre de Chine du moine Citrouille-Amère n’ont pas plus peint de paysages que Magritte n’a peint de pipe avec son image de pipe qui « n’est pas une pipe »...

Plus j’en vois, plus je réalise qu’entrer dans l’art dit « contemporain » se passe rarement de commentaire. Qu’est-ce que c’est ? se demande-t-on. Ça veut dire quoi ? Et, techniquement, c’est fait comment ?
Prétendre se limiter à ici et maintenant ne suffit pas à acquérir la belle simplicité de l’immédiat. Pour faire oublier la main, s’appeler « art » et appâter les collectionneurs, l’art dit « contemporain » doit s’entourer de commentaires philosophiques, sociologiques, ou politiques. Loin d’en appeler au seul regard décalé et au pas de côté par lequel commencent les rencontres amoureuses, il s’adresse à l’intellect- on dit au « conceptuel ». Et contraint ses fidèles à des exposés pédants. Je suppose que c’est ce côté « vous me l’apprendrez pour lundi, et me le réciterez sans faute par cœur » qui fait marmonner à une femme, près de moi, que les œuvres qu’on nous présente « ne peuvent se passer de bla-bla ».
Parce que je me retourne pour lui sourire, la femme au franc parler poursuit plus haut :
- Moi, ça m’est égal de quoi parle cette œuvre... Les autres, ce qui leur plaît c’est que, comme en classe, il faut essayer de comprendre et de retenir... Désolée, mais pour moi, ce qui compte, c’est ce qui me touche. (à suivre)

Béatrice Nodé-Langlois

mardi 17 août 2010

Le feuilleton du Hang'art, par Béatrice Nodé-Langlois

La suite !



« Hier », à Berlin


épisode 3

(Rappel des épisodes précédents : après avoir choisi d’errer au hasard dans le métro et un quartier turc de Berlin, la narratrice découvre où elle veut aller)

Je décide d’aller au Musée Juif.

Pourquoi la visite de ce musée - qui n’a rien d’une errance hors des circuits balisés par les guides - se présente-t-elle soudain à moi comme le premier pas que je dois faire dans l’ici et maintenant de Berlin ?

Les raisons ne manquent pas. Mais celle qui me détermine est

sans doute d’avoir passé neuf mois, l’année dernière, à écrire avec un ami ex-déporté, Henri B., un manuscrit sur sa déportation que mon co-auteur a arrêté la veille du jour où Plon nous envoyait un contrat.

Une chose du moins est claire : après avoir eu envie de flotter, d’errer et de flairer, je ne pense plus qu’à trouver le musée inspiré à Daniel Libeskind par la volonté hitlérienne d’exterminer les Juifs...

Je recommence par perdre beaucoup de temps à construire mon itinéraire sur le plan. Puis à le chercher pour de vrai dans les rues et les avenues. À le rater... me tromper... revenir sur mes pas... retourner à mon point de départ... tourner autour de lui... le quitter presque au hasard pour tomber enfin sur le lieu que je cherche à atteindre – et, tout aussitôt, m’y reperdre, vu que le Musée Juif semble conçu pour qu’on s’y perde. Ou, plus précisément, pour rendre sensible la perte brutale de repères, et donner la sensation, beaucoup plus que la sensation, le choc d’un bouleversement physique et mental.

L’ensemble est très neuf, très blanc, et parfaitement clair, mais tout y est légèrement oblique - le sol, les murs et les couloirs. Aucun angle n’est droit. Tous sont plus ou moins aigus ou obtus.

Plutôt que dans un musée, il me semble marcher dans une énorme sculpture éclatée, de la taille d’un bâtiment. C’est à la fois rigoureux et aberrant. Consistant et instable. Ou, dit autrement, instable avec consistance... On y fait, m’a-t-il semblé, l’expérience d’une « décontenance » permanente.

La murette sur laquelle je m’assieds se trouve inclinée vers l’avant de sorte qu’elle tend à m’évincer. 49 colonnes à pans coupés sont devant moi, couronnées d’oliviers. Ces colonnes sont tellement serrées les unes contre les autres que, comme dans une forêt trop dense, ou dans une foule trop serrée, le soleil n’atteint pas le sol couvert de galets qui font trébucher.

On est à la fois là, et repoussé...

Le lendemain, pendant que le gros de notre petit groupe se dirige vers le Musée Juif, je prends la direction de l’Île aux Musées. Cette fois, je pense mieux m’orienter. Mais quelle vanité de le croire ! Le circuit de métro qu’il me faut prendre cette fois n’est pas celui dans lequel j’ai navigué la veille. Je dois me faire expliquer sa logique. Pareil, quand je le quitte pour une rue dont je ne saisis pas l’orientation...

Mais voilà enfin l’Alte National Gallery Museum. Le vieux musée prussien. Opulent et confortable comme tous les grands musées du XIXème siècle. L’incarnation même d’un petit bout d’hier conservé, et parfaitement balisé. Fraîcheur. Calme. Ampleur. On marche sur des sols carrelés de marbre, le long de murs couverts de damas rouge, sous des plafonds à de telles altitudes qu’ils poussent au rêve. Ici, plus de problème de langue, sinon celle de la peinture. Impression d’être reçu dans un palais dont les souverains sont des tableaux et les majordomes des gardiens de musée. Je n’ai pas compté, mais il se pourrait bien qu’en cette fin de matinée, il y ait davantage de gardiens que de visiteurs...

Dès la première salle, je reçois plein les yeux, « La vague » de Courbet. Un tableau, comme coupé en deux, dans lequel les nuages du ciel répondent aux vagues de la mer. De lourds cumulus, sombres et tumultueux, roulent sur le fond clair du ciel, tandis qu’à l’étage au-dessous, des trombes d’eau jaillissent, éclatent et écument au-dessus d’une mer d’encre épaisse.

M’approcher de ce tableau, capable d’évoquer la splendeur cosmique des catastrophes qui menacent notre humanité, m’apprend qu’il a été peint en 1870, année où l’Allemagne, sous le chancelier Bismarck, et la France, dont Napoléon III était empereur, se faisaient la guerre.

1870, c’est aussi un an avant la Commune de Paris qui marquera le destin de Courbet.

Les yeux, débarrassés des excès du soleil, se refont, après celles de Courbet, aux ombres et aux lumières de Goya, ou d’un Corot frémissant... Je découvre Manzel, enfin, moins ses grandes œuvres qu’une tête de cheval, et un pied fatigué. Et rencontre au troisième étage Gaspar David Friedrich que je suis venu chercher dans ce musée. Son « Moine devant la mer » de 1809-1810 – une infime silhouette debout au milieu d’une infinité de gris évoquant le sable, la mer et les nuées d’un ciel démesuré - me retient un long moment. Ses autres tableaux exposés ici me paraissent par contre - peut-être parce que je suis fatiguée ? - tourner à l’illustration fantastique, et au procédé.

Je suis en effet fatiguée, et manque de courage pour une vraie visite du Pergamon Museum Mais Sylvie qui me l’a conseillé avait raison. Même sans y passer des heures, ce musée vaut largement la peine. Ne serait-ce que pour se trouver face à l’immense porte bleue transportée depuis Babylone, dite porte d’Ishtar, ( 6ème siècle avant J-C) et à ses bas reliefs de briques émaillées qui représentent des taureaux, et des serpents-dragons, nommés Mushussu, à tête de serpent, cornes sur cette tête, queue de vache, pattes avant de lion, et pattes arrière de rapace.

Ou cette autre merveille antique : le Grand Autel de Pergame ( deuxième siècle avant J-C), transporté, lui, depuis la Turquie actuelle, et sa frise sculptée de 110 m de long qui illustre le combat des Dieux de l’Olympe contre les Géants des premiers temps. Autrement dit, la lutte de l’ordre contre le désordre. Un thème qui, sans même parler de la beauté voluptueuse des corps enchevêtrés, me touche très fort, moi qui vis avec l’impression d’arracher sans cesse ce que je peins et ce que j’écris, voire ce que je vis, au désordre de mes émotions et de mes sensations... (à suivre)

Béatrice Nodé-Langlois

mardi 27 juillet 2010

Le Hang'art a pris ses quartiers d'été mais maintient le contact : Béatrice Nodé-Langlois nous livre à un rythme estival les épisodes de son feuilleton berlinois.

Voici le 2e. Le 3e vers le 15 août et le dernier avant la rentrée.
Bonne lecture,
Bonnes vacances !




"HIER" à Berlin, épisode 2


Rappel de l’épisode précédent : la narratrice, en visite à Berlin avec un groupe, est partie à la découverte, sans guide.



Ma balade solitaire a commencé par mille pertes de temps. Tenter de comprendre la signalétique d’une ligne de métro... chercher sur un plan des noms imprononçables pour quelqu’un comme moi qui ne connaît pas dix mots d’allemand... descendre à différentes stations, histoire d’entrevoir ce qu’il se passe à l’extérieur... reprendre le métro... en ressortir... arpenter, cette fois, une longue rue toute droite, y transpirer sous ma veste en trop, mon sac alourdi par le parapluie pour le cas où, et mes collyres obligés... croiser un magasin genre tout en stock et y acheter le déodorant qui remplacerait l’aérosol, confisqué pour dangerosité par les employés du contrôle, ce matin, à Orly... retourner dans le métro...

Le métro U de Berlin avec lequel je me familiarise n’a ni la lumière, ni le lacis de couloirs, ni les quais étroits de celui de Paris. Il n’a ni la céramique blanche, ni les affiches qui, à Paris, font penser à une longue bande dessinée cryptée qui se déploie, ou s’entortille, c’est selon...

Il n’évoque pas non plus un forage de taupes géantes, mais une succession de places publiques souterraines, ponctuées de colonnes de métal, grossièrement peintes et boulonnées, et reliées entre elles par de vieux trains, poussiéreux, étriqués, et provinciaux au point d’avoir toutes leurs vitres voilées non de tags violents et multicolores, mais de sortes de décalcomanies, façon dentelles de grand-mère, répétant ennuyeusement la forme blanche et stylisée de la porte Brandebourg...

En montant dans ce genre de wagon, je m’attendais à trouver un chat endormi sur un coussin brodé de l’Angelus de Millet, une couronne de mariée sous globe, et un porte pipes sur la cheminée... Oh ! j’allais oublier la pendule d'argent Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui dit : je vous attends...

Mais c’est tout autre chose qui me frappe quand je replie mon plan comme, en d’autres temps et d’autres lieux, on replierait un éventail. Ce qui m’entoure dans ce wagon c’est la vie courante, banale, débrouillarde et active de ceux qui ne sont nés ni coiffés, ni avec une cuiller d’argent dans la bouche, ni de la cuisse de Jupiter. Je veux dire la foule solitaire, remuante et braillarde, des garçons et des filles cool qui mordent dans des sandwiches tirés de sacs de papier brun sûrement recyclable. Ou sucent à travers des pailles de nylon la perfusion liquide qui leur vient de gobelets en carton blanc plastifié. Ils se tiennent debout, pressés les uns contre les autres, et s’accrochent aux barres... À mieux regarder, une tour, vraisemblablement turque, m’apparaît plus bas. Affaissée sur un siège. Une tour humaine, large et massive, dont chaque trait du visage – les sourcils, les paupières, les lèvres, l’ombre des narines et de la moustache – est largement souligné de noir. Un personnage à la Rouault. Ou dans le genre des sarcophages du Fayoum... Et, juste à côté d’elle, une femme que j’imagine sortie d’un tableau expressionniste. Nez pointu, lèvres pincées, regard vert, chevelure rousse, joues orange ombrées de mauve, elle a quelque chose de clownesque et de provocant à la fois.

Dehors, la chaleur est lourde, et la rue cosmopolite. Il y a de la poussière, des déchets, et cent odeurs de poisson frit. La plupart des silhouettes que je croise pourraient se rencontrer dans un marché moyen-oriental. Ou parmi les figurants d’un film de Wim Wenders. Ces gens sont-ils abîmés ? Ou simplement pas arrangés à la mode des magazines ? Pourquoi est-ce que je remarque particulièrement un homme petit, chaussé de lunettes de soleil, dont les cheveux aile de corbeau sont mi-longs, et les jambes arquées dans des bottes de cow-boy ? Je note aussi deux mendiantes à deux coins opposés d’un carrefour – deux opulentes maternités avec, chacune, un enfant allongé en travers des genoux.

Ici aussi, en dépit du laisser-aller, les rues se traversent au feu rouge. Jamais avant, même en absence de voiture.
Je flotte là, une heure ou deux, le nez au vent. Le nez plutôt au désir d’un souffle de vent.

Sans trop m’éloigner de la bouche de métro qui vient de me cracher, j’observe, flaire et tournicote entre des odeurs de gril et des façades plates dont les fenêtres régulières et alignées me font penser à du papier quadrillé. Des nuances de couleur fractionnent seules cette longue façade continue. Elles seules la transforment en une succession d’immeubles dont chacun se démarque de son voisin par un ton plus brun, plus jaunasse, plus verdâtre, ou moins gris... Les magasins, quand ils ne se contentent pas d’empiler des choses à manger sur d’autres choses à manger, sont marqués par la récupération et le décrochez-moi ça. Mais aussi la nostalgie des objets désuets. Et la provocation classique des têtes de mort et des bijoux à clous. Du coup, une direction s’impose.

à suivre...

mardi 6 juillet 2010

Le feuilleton de l'été, épisode 1

« HIER », A BERLIN

Je rentre d’un voyage de quatre jours à Berlin, en principe consacré à l’art contemporain.

Il n’était pas huit heures du matin, l’avion qui nous emmenait roulait encore sur la piste, quand, dans une ébauche de rapprochement avec mes voisins, je leur ai demandé :
- Pourquoi vous intéressez-vous à l’art contemporain ?
- Parce que je comprends tout de suite... parce qu’il n’y a rien à savoir avant... exulte ma jeune voisine qui, peu après, me présente ses excuses : l’avion décolle, c’est l’heure des sensations fortes, plus question de parler, elle se tourne vers le hublot et se concentre sur ce qu’elle éprouve.
- Oh, des amis m’ont entraîné, élude mon autre voisin, avant de me faire rire sur un tout autre sujet.
Moi aussi, c’est une amie qui m’a entraînée.

Nous quittons en taxi l’aéroport de Berlin pour le centre ville, quand, entendant quelqu’un traduire une affiche publicitaire, je lui demande de préciser un détail.
- Ai-je bien compris ? « Hier » en allemand signifierait « ici » en français ? Autrement dit, à Berlin, on écrirait « hier » pour dire « ici » ?
- Exact.
Un joli pied de nez à l’« hier » dont j’ai l’habitude.

Quand je me retrouverai seule et au bord du sommeil, ce tout petit mot de quatre lettres - mon « hier » français qui, à Berlin, a brusquement changé de sens - reviendra me tarabuster. Quelque chose me tracasse. Une idée que je n’arrive pas à repousser... Et si cet « hier », que je découvre agent double, avec une identité dans un pays, et une autre dans un autre, détenait un secret ? Une clef du Berlin que je suis venue voir ?
Je ne jurerais pas que j’étais encore éveillée, mais j’ai entendu très distinctement :
- Eh bien, oui, l’affaire est simple. Si, à Berlin, ton « hier » bien français a cédé la place à « ici », c’est que Berlin entend n’être plus qu’ici et maintenant. La Géographie à Berlin est en train de l’emporter sur l’Histoire. Le lieu efface le temps... Comment s’est passé cette substitution ? Oh tranquillement, en douce, sans scandale. Comme ces enlèvements, tu sais, dont personne ne s’alarme. Le temps passant, un soupçon finit quand même par se répandre. « Hier, se chuchote une rumeur, aurait disparu de Berlin » Oh ! il n’a pas tout à fait disparu. Il en reste des traces. Mais ces traces s’effacent...

L’étrange c’est qu’en plein jour et les yeux grand ouverts, j’ai bel et bien visité un Berlin où hier se réduisait à quelques traces fossilisées, ou négligées par les nettoyeurs. Ici occupait toute la place. Enfin, une place dominante... Un « ici » que les grandes formes inventives de bâtiments neufs et d’un art dit « contemporain » ne cessaient de remplir et de renforcer.

Pressentant cela, le jour de notre arrivée, j’ai pris mes distances avec le groupe et suis partie seule avec un plan de Berlin et une carte illimitée de métro. Le ciel était blanchâtre. Il faisait chaud. Je ne voulais pas être guidée. Je voulais découvrir par moi-même. Sentir et éprouver... Mais je voulais découvrir quoi ? Je voulais sentir et éprouver quoi ? Mon projet était flou. Intuitif... J’obéissais au besoin discutable de m’intéresser à ce qui est censé manquer d’intérêt. J’allais m’attarder sur ce qui passe pour inessentiel...
( à suivre)

Béatrice Nodé-Langlois

mardi 29 juin 2010

P'tit papier et grandes vacances


Avant le grand farniente estival, Le Hang'art bosse, crée, voyage, expose. Si vous faites partie des sédentaires qui ne partent pas en vacances, vous aurez le loisir d'aller voir les peintures de Laurent Besson pendant tout le mois de juillet à l'endroit à L'Endroit. (Il vaut mieux regarder les tableaux dans le bon sens:)).

Laurent expose son travail "encre et collage" dans une brasserie très vivante et bien placée : L'ENDROIT, place du docteur Félix Lobligeois, dans le 17°, au niveau du 74 de la rue Legendre.

Laurent sera sur place pour vous présenter son travail :

Le samedi 3 Juillet de 18h à 20h
Le lundi 5 juillet de 18h à 20h
Le mardi 6 juillet de 18h à 20h

Si vous ne partez pas du tout du tout, et que vous en êtes désolés, tristes voire déprimés, il vous reste une possibilité de vous consoler et de vous remonter le moral, en partant par procuration et en savourant un texte aussi bien écrit que plaisant à lire, car il emporte l'imagination : Béatrice Nodé-Langlois (vous savez, qui adore les feuilletons, voir les billets précédents), hé bien Béatrice, donc, se lance dans la 3B (pas la 3D des dessins animés, Annecy, c'est comme Capri, c'est fini pour cette année ) : Béatrice écrit sur Berlin pour le Blog. Le premier épisode, bientôt en ligne. Surveillez-là ! (Votre ligne pour les épisodes plage et maillot de bains pour ceux qui partent, la ligne du Hang'art pour ceux qui ne partent pas et ceux qui partent avec leur petite machine magique que l'on n'a parfois même plus besoin de brancher pour se "connecter" à la grande ronde mondialo-virtuelle.


Peut-être aussi, avant la torpeur de l'été, si on a le temps, le premier numéro de la future toute nouvelle lettre d'informations du Hang'art, encore dans le four. Sinon ce sera une lettre de rentrée !

H@ng'@rtement vôtre,
La rédaction

vendredi 11 juin 2010

Le long en mai, le court en juin : allez au ciné avec L'Abominable !

Long-métrage, court-métrage : petit poisson deviendra grand et les cinéastes commencent par faire leurs premières images avec le format court, choix esthético-économique (comme la nouvelle par rapport au roman, par exemple, sauf que, à part le temps passé, écrire 300 pages ne coûte guère plus cher en papier-plume ou consommation électrique d'un ordinateur que d'en écrire 60).

Bref, on n'est pas là pour faire de la théorie, juste pour vous inviter à aller au cinéma voir les films de L'Abominable. Ceux des autres aussi, bien sûr. Ci-dessous, le communiqué de L'Abominable et le programme des projections. Bons films !


Quelques films que nous avons vu passer par L'Abominable sont montrés à Côté court (Pantin), à commencer par la bande annonce du festival, réalisée par Pip Chodorov.

le Samedi 12 juin à 18h
ainsi que le mardi 15 juin à 20h
au Ciné 104
104, Av. Jean Lolive à Pantin

Côté Court - Compétition Expérimental / Essai / Art vidéo n°4


PARTIES VISIBLE ET INVISIBLE D'UN ENSEMBLE SOUS TENSION
d'Emmanuel Lefrant, 2009, 35 mm, 7 min.

Afrique, 2003 : mécanismes de la mémoire et du souvenir. J'ai filmé un paysage de brousse, et enterré simultanément un ruban de film à l’endroit même où ce plan a été filmé : l'émulsion, victime de l’érosion, est ainsi sujette à une dégradation biochimique. Le résultat de ce processus naturel de dégradation est ainsi conservé sur la pellicule dans son état de dissolution. Ces deux images, et leurs versions négatives, sont ensuite entremêlées au moyen des techniques de bi-pack et de surimpression. Ces paysages en fusion, c’est la logique d'un monde qui se révèle. Un monde bipolaire, où l’invisible prend corps en même temps que le visible, où l’un se dissout dans l’autre et vice versa.

MERCEDES DUNAVSKA OU L'IMPOSSIBLE TRAJECTOIRE A1
De Drazen Zanchi, 2009, 16 mm, 28 min

Le 5 août 1995 l'armée croate, sous commandement du général Tolj... La fable du film se déroule en Croatie, entre Split et Vukovar, entre 1991 et 2006. Afin de pouvoir continuer de vivre, le héros part à la recherche de la source de sa damnation. Cette source se trouve dans un temps qui coule parallèlement au notre, 15 ans en arrière, quelque part en pleine guerre en Croatie. Le lien entre les deux temps s'établit grâce à une lettre qu'il reçoit, 13 ans en retard, de sa copine le quittant en disparaissant. Le tunnel temporel ainsi ouvert, il dérobe au héros et au spectateur toute la faune vivante dedans, la texture même de ses parois, la structure du sombre vide le remplissant et la morphologie des cris, des Bangs et des Flashs qu'on y trouve.

le Samedi 12 juin à 21h
au Ciné 104
104, Av. Jean Lolive à Pantin

Côté Court - "Farewell Poetry"


PERSEPHONE
Performance 16 mm de Jayne Amara Ross

Une forêt embrumée. Une présence invisible découvrant une femme, un homme, puis une étrange poupée-enfant. Une allégorie en clair-obscur figurant le chant sublunaire de la vie qui sommeille sous la terre glacée, les mains du/des Créateur(s) cartographiant la trajectoire de son évolution.


Egalement, dans la même séance, une autre performance de Jayne Amara Ross : AS TRUE AS TROILUS.

Vous pourrez retrouver Jayne Amara Ross à la Cinémathèque Française le vendredi 9 juillet pour PERSEPHONE et AS TRUE AS TROILUS.

Aussi, le premier film de Nathalie Nambot, AMI, ENTENDS-TU sera montré au FID Marseille les dimanche 11 et lundi 12 juillet.